On est le jeudi 4 décembre. Echo et Kosmo sont installés depuis quelques semaines déjà dans leur parc d’hiver, le Parc de la Rivière. Ils y sont bien. Iota et Pandora, eux, ont rejoint le Parc de la Mare, où Iota se remet tranquillement de sa première crise de fourbure. Ils y sont bien. Et voilà le jour tant redouté, l’arrivée d’Eole et Pepper.
J’ai anticipé quelques trucs (à nouveau, moi je ne pense qu’à ça depuis maintenant un an) :
- Eole et Pepper arriveront en remorque, même s’il sont à 300 mètres, juste pour ne pas avoir à longer tout le pré d’Echo avec eux à pied. En remorque, ça va prendre 30 secondes, Echo n’aura pas le temps de réagir.
- J’ai des choses à faire au pré et je ne suis pas seule, donc on va être là pendant deux heures pour surveiller tout le monde.
- Le jus passe bien dans la clôture d’Echo (on sait jamais, c’est pas le jour pour avoir une panne).
Lorsqu’on les lâche dans le Parc des Buis, Eole longe la clôture pour se retrouver face à Echo. Quinze mètres environ les séparent. Il a plein de choses à dire (signaux d’apaisement à foison, quelques activités de substitution) mais il reste très calme. Pepper le rejoint. Echo les y attend depuis qu’il a vu passer la remorque. Il est déjà assez haut, tendu, il hennit et alterne entre une posture de vigilance à la clôture et des petits aller-retours devant la porte.
Il pousse Kosmo mais ne se redirige pas sur elle. Je lui passe quand même un licol, au cas où. Eole et Pepper se lassent vite, trop intéressés qu’ils sont par l’herbe qu’il reste dans le parc. On n’entend pas Iota et Pandora. Je passe les voir au cas où, mais rien à signaler de ce côté-là.
Rassurée par ces premiers instants, on s’attèle à construire ce râtelier, tout en gardant un œil sur eux.
Eole et Pepper sont intrigués, ils viennent de temps en temps au coin pour observer Echo, seul ou ensemble, puis repartent brouter. Dans l’ensemble, ils n’ont pas l’air de se sentir bien concernés. Par quoi que ce soit d’ailleurs.

Un peu comme Kosmo. Elle a bien compris que quelque chose se joue, Echo est bloqué à la clôture et elle a la gentillesse de lui tenir compagnie, mais elle n’est pas bien intriguée par Eole et Pepper (ses parents, avec qui elle a vécu respectivement trois et deux ans et qu’elle connaît par cœur).
Voyant Echo en vigilance, incapable de se détourner du pré d’en face, je comprends qu’il lui est impossible de se rediriger sur son foin, le râtelier étant quelques pas derrière lui. Je choisis donc de lui mettre du foin sous le nez. Kosmo, ravie, se met dessus avant même que j’ai le temps de le poser. Ça prendra quelques dizaines de minutes de plus à Echo, mais ça finit par fonctionner.
Ça n’est quand même pas un remède miracle, et même s’il mange du bout des lèvres, son attention est toujours portée sur Eole et Pepper. Il n’arrive pas à détourner le regard. Il passe de longues minutes à figer dans cette direction, avant de faire un aller-retour puis de revenir, exactement au même endroit, les observer à nouveau. Même s’ils ne sont pas là. Il est comme hypnotisé. On le sent concentré, il observe chaque mouvement, réagit à chaque bruit, chacun de ses muscles est tendu, rien ne bouge, il en oublie presque de cligner des yeux.
Une chose est sûre, il n’ira jamais boire à la rivière, qui est à l’autre bout du pré. Je m’étais doutée de ça et je lui ai donc mis un seau près de la porte. Il était content.

Après quelques heures, il est toujours plus ou moins dans le même état. Soit il fixe le pré d’en face, soit il fait de petits aller-retours. Parfois, il se pose sur son foin le temps de quelques bouchées. Puis il recommence.
Mais à mon départ, il semblait quand même un peu mieux.
