Je crois que j’ai toujours écrit. À peine commencé, la fille se croit déjà dans un article de Paris Match. La vérité, c’est que j’ai toujours écrit mais je n’ai jamais su comment entamer un texte. Ni comment le finir d’ailleurs, sans sonner trop dramatique. Moi j’aime les points qui ne se retournent pas.
Quand j’étais petite j’écrivais mes dissertation avec un plaisir inavouable, inavouable parce que j’avais des bonnes notes, j’étais blonde et je devenais aussi rouge que mes pulls dès qu’on prononçait mon nom, on va pas en rajouter, j’écrivais à mes amies des correspondances à rallonge sur du papier à lettre Diddl, et aussi mes cahiers de vacances, entre deux Passeports à moitié finis. Plus tard j’ai écrit des blogs, bien sûr, milléniale oblige, mais j’ai aussi beaucoup écrit pour moi. Des pages et des pages d’états d’âme d’adolescente, que je relis aujourd’hui avec un mélange de gène et de compassion pour celle que j’étais à l’époque. Ça va aller Clio.
Lorsque je suis partie en Écosse j’ai commencé à écrire en anglais, j’ai documenté tout mon voyage dans le Nevada, pour le plus grand plaisir de quelques amis devenus accros à mes péripéties souvent haut perché sur une échelle du cocasse au ridicule, puis j’ai commencé à écrire sur les réseaux, plus sérieusement, du contenu que je voulais parfois pédagogique, parfois romancé, parfois les deux.
Moi ce que j’aime c’est raconter des histoires. Si elles peuvent être intéressantes et drôles c’est encore mieux. Cet hiver je me lance dans un joli projet alors j’ai pris la décision de le documenter. Pour vous que ça intéresse, pour moi, pour me forcer à reprendre cette discipline qu’est l’écriture. Et pour les Chevaux de Skyros, parce que l’argent issu des adhésions nécessaires pour avoir accès à ce récit sert à payer leur foin et leurs soins.
Je dis toujours que mon rêve, c’est de n’avoir que deux troupeaux : Echo et Kosmo d’un côté, Eole, Iota, Pepper et Pandora de l’autre. Mais ça n’est pas si simple, Eole et Iota ne sont pas prêts à vivre ensemble, et chaque hiver j’ai une bonne raison de ne pas essayer d’avancer sur le sujet. Cette année, c’est un changement logistique, une modification de mes plans indépendante de ma volonté qui m’a valu quelques semaines de panique, qui va finalement me servir d’excuse pour me mettre au travail.
Je m’occupe de six Chevaux de Skyros : Echo, un entier, Eole et Iota, deux hongres, et Pepper, Pandora et Kosmo, trois juments. Pour l’instant, ils sont répartis en trois couples : Echo et Kosmo, Iota et Pandora, et Eole et Pepper. L’été, ils partent par paires dans leurs parcs à droite à gauche, en fonction de l’herbe et de la météo. L’hiver, ils sont regroupés dans un même espace mais dans des parcs bien distincts, d’où ils ne peuvent pas se voir.
Parce que les trois mâles sont réactifs, certains à la vue, d’autres au contact rapproché des congénères (principalement masculin, mais pas que pour Echo). C’est pour ça que je fais en sorte qu’ils ne se voient pas, l’idée étant de préserver leur tranquillité.
Mon objectif, c’est de travailler sur la réactivité d’Eole et Iota pour pouvoir, peut-être, un jour, les faire vivre ensemble. Tout en préservant Echo. Et ça commence cet hiver.
Peut-être qu’il faut attaquer par une présentation succincte des personnages principaux ? Histoire de poser là les enjeux. Je suis sûre qu’on aura le temps de revenir sur chacun d’eux plus en détail plus tard.
Commençons donc par Eole. Hongre de seize ans (déjà !), Eole est le père de quatre poulains qu’il a eu avec Pepper et Pandora. Il a vécu avec chacune d’elle séparément, mais ils ont vécu aussi tous les trois. Eole a un historique très violent avec les autres chevaux, il a attaqué salement Echo, Achille s’est couché devant lui avant même tout début d’explication, et j’ai retrouvé Sayyan, l’arabe d’un mètre soixante, caché derrière un arbre suite à une escapade. Il vit donc uniquement avec des juments depuis 2018 et il a été castré en 2021. Aujourd’hui il vit avec Pepper et ils s’entendent vraiment très bien. Ils ont une très jolie relation, c’est vraiment mes gars sûrs, ceux que je peux mettre dans le jardin des copains, ceux qui ne sortent pas ou presque, ceux qui ont toujours de l’amour à filer.
Ensuite il y a Iota. Hongre de sept ans (comme le temps file), Iota est né à la maison. Il est le fils de Pepper, et le père de Meltem, par Pandora (j’espère que vous suivez). Il connaît donc lui aussi les deux juments. Il a grandi avec son demi-frère Iti et avec Echo avant de rejoindre Pandora à ses trois ans. Depuis, ils sont plus ou moins ensemble, il a connu d’autres juments mais dans l’ensemble il a eu une vie de troupeau plutôt stable. D’où ma surprise de voir sa réaction lorsqu’on l’a présenté à Eole la première fois, en main, et qu’il l’a carrément envoyé bouler (on y reviendra). J’avais prévenu tout le monde que je n’étais pas très inquiète de lui, plutôt des réactions d’Eole, mais il m’a rappelé que souvent, je ferais mieux de me taire. Pourtant c’est pour lui, surtout, que j’ai ce rêve de les voir vivre tous ensemble. Iota a connu la vie à plusieurs, jamais des gros groupes, mais en tous cas plus que deux, et il nous a montré à plusieurs reprises que ça lui manque. Je dois avouer que je ne m’appuie sur rien de bien concret quand j’affirme ça, si ce n’est ma connaissance de ce qu’est un cheval, de leur vie sociale, et quelques hennissements qui m’ont déchiré le cœur quand Iota a eu l’occasion de vivre proche d’autres chevaux.
Puis viennent Pepper et Pandora. Les deux copines. Les mignonnes. Elles sont arrivées du même élevage en Grèce, ensemble dans leur petit van, et on les a séparé quelques temps après leur arrivée, parce qu’on est pas très sympas, surtout parce qu’elles avaient deux propriétaires différentes. Elles se sont retrouvées autour d’Eole en 2019, puis on les a séparées à nouveau. Depuis, elle ne vivent jamais bien loin, mais jamais ensemble. C’est aussi pour ça, que j’aimerais qu’Eole et Iota arrivent à cohabiter. Parce que je suis sûre que Pepper et Pando seraient très heureuses de partager à nouveau leur quotidien.