La réactivité est un concept dont on entend beaucoup parler chez le chien mais jamais chez le cheval. J’ai ma petite théorie là-dessus mais on y reviendra plus tard. Essayons déjà de définir ce dont on parle.
La réactivité, c’est le fait pour un animal de réagir de façon disproportionnée à un stimulus parce qu’il est débordé par son émotion. C’est-à-dire que les comportements exprimés dépassent de loin le niveau d’intensité requis pour un tel stimulus, ou bien que l’animal n’est plus capable de raisonner et donc de se réguler. Et on pense tout de suite à l’agressivité mais la réactivité peut aussi prendre d’autres formes.
On va dire d’un chien qu’il est réactif lorsqu’il aboie et charge un autre chien, mais on peut aussi dire que Morto (mon labrador) est réactif aux humains parce que lorsqu’il en voit un, il est obligé de lui courir dessus pour lui faire la fête. Il se fait déborder par sa joie, le gars est réactif heureux. Mais on va laisser ça de côté pour l’instant, même si des parallèles sont à faire aussi avec le monde du cheval. Restons sur les comportements agonistiques.
Comportement agonistique (définition de Wikipédia) : comportement social, qui englobe l’agression et la fuite, chargé de régler les problèmes de tension dans un groupe social.
La réactivité c’est compliqué parce que comme l’animal est submergé par ses émotions, il n’est pas capable de raisonner, ni de prendre le temps de faire les bons choix. On a donc souvent des comportements indésirables qui apparaissent, et par comportement indésirable, on entend indésirable pour l’humain. Pour l’animal, le comportement produit est le plus adapté à sa situation, à cet instant, avec son expérience, son historique de renforcement, et sa capacité émotionnelle.
On parle de réactivité lorsqu’il y a un schéma qui se répète. Un animal qui sursaute un peu fort à un stimulus, ou qui panique dans une situation précise, ce n’est pas de la réactivité, c’est la vie. Mais un animal qui réagit systématiquement de façon disproportionnée à un stimulus en particulier, ou à un ensemble de déclencheurs, alors on peut dire de lui qu’il est réactif.
Chez le cheval, on ne parle jamais de réactivité alors qu’on observe pourtant très (trop) souvent des comportements agressifs, envers d’autres chevaux ou envers l’humain. Mais on a un autre mot, nous, pour désigner tout ça : la (roulement de tambours) dominance (petite musique dramatique).
- Un cheval qui en agresse un autre : il est dominant.
- Un cheval qui râle tout le temps au râtelier et pousse les autres : il est dominant.
- Un cheval qui arrive un peu fort sur l’humain ou le pousse : il est dominant.
- Une jument qui couine et couche les oreilles quand elle croise un autre cheval : elle est dominante (et en plus c’est une pisseuse).
Le concept de dominance mériterait un épisode à lui tout seul, et il est fort probable qu’on y arrive un jour, mais pour l’instant, on se contentera de rappeler rapidement ce que c’est (oui je parle de moi à la troisième personne).
Déjà, on parlera de comportements de dominance ou de hiérarchie plutôt que de dominance. Parce que la dominance n’est pas un trait de caractère. Elle ne peut pas définir un individu, elle définit les relations entre plusieurs individus.
Ensuite, les comportements de dominance, qui permettent l’établissement d’une hiérarchie sociale (plus ou moins fixe et plus ou moins linéaire), s’expriment dans des contextes bien particuliers d’accès à une ressource limitée.
Enfin la hiérarchie permet à chaque individu de se situer par rapport au groupe, et a donc pour effet la réduction des comportement agonistiques au sein d’un troupeau dans son organisation quotidienne. En effet, les subordonnés (le nom qu’on donne à ceux qui ne sont pas en haut de l’échelle) vont avoir tendance à anticiper les mouvements des dominants (ceux en haut de l’échelle) pour éviter toute rencontre et ainsi tout conflit. Donc, plus il y a hiérarchie, moins il y a agression (hors période ou situation particulière).
Finalement, les quelques fois où l’on pourrait parler de cheval dominant, ce sont dans les troupeaux extrêmement apaisés, où l’on observe très peu voire aucun comportement agonistique. Il nous serait donc très difficile d’identifier ledit dominant. Les chevaux cités plus haut, ceux qui bougent tout le monde dans le troupeau et qu’on aurait envie de qualifier de dominant, ceux qui font du bruit et qui agressent les autres, eux sont plutôt des chevaux dotés d’une très mauvaise régulation émotionnelle, avec une faible capacité de gestion de leur frustration, très peu sûrs d’eux ou réactifs ou tout ça à la fois.
Ce qui est intéressant, c’est que même Wikipédia se sent obligé de préciser, dans son article sur les comportements agonistiques, qu’il n’y a pas de lien systématique entre ces comportements et la dominance. Les comportements de dominance sont des comportements agonistiques mais un comportement agonistique n’est pas toujours un comportement de dominance.
C’est d’autant plus vrai chez le cheval, qui est une espèce pacifique connue pour son extrême maîtrise de l’art de l’économie. Dans les troupeaux encore sauvages qu’il est possible d’observer, on n’observe que très rarement des comportements agonistiques.
Bref. Je me suis un peu étalée sur la dominance mais c’est important.
Dire d’un cheval agressif envers ses congénères qu’il est dominant reviendrait à énoncer la cause de son agression sans chercher plus loin (et ça ne serait très sûrement pas la bonne cause la plupart du temps). Dire d’un cheval agressif envers ses congénères qu’il est réactif revient à décrire la situation : ce cheval répond de façon disproportionnée à la vue d’un congénère, il n’a plus de capacité de régulation émotionnelle, il en devient agressif.
C’est important, les termes qu’on utilise, parce que ça va directement orienter la façon dont on perçoit la situation. Est-ce que j’ai de l’empathie pour cet animal, malgré son comportement, dans cette situation ? Ou est-ce que ça me gave, et j’ai juste envie de lui faire passer l’envie de réagir comme ça ? Un cheval dominant, on a plutôt envie de lui rappeler que le grand dominant c’est nous (ce qui n’a aucun sens, mais c’est ce qu’on apprend, encore aujourd’hui, quand on monte à cheval). Un cheval réactif, c’est un cheval en détresse, et ça donne d’un coup un peu plus envie de l’aider.
Dans le monde du cheval, on dirait qu’Echo est dominant. Moi je pense qu’Echo est réactif à ses congénères et qu’il a besoin d’aide.