Épisode 8 – Un tour de champ

Echo est très sensible aux odeurs. Echo est réactif. Et Echo nous a déjà fait quelques petites blagues en arrivant dans de nouvelles parcelles, qu’il a décidé de quitter sur le champ.

Nous voilà donc ce vendredi 21 novembre 2025, et après moult réflexions que vous avez pu suivre dans les épisodes précédents, il est temps d’installer Echo et Kosmo dans leur parc d’hiver, le Parc de la Rivière. On fait le trajet en remorque, ce qui enlève une difficulté (impossible de choper une piste sur la route). Et il n’y a pas de chevaux autour. Par contre, bon nombre de chevaux ont visité cette parcelle ces dernières années. Elle est donc remplie d’odeurs.

Une habitude que j’ai pris avec Echo, et qui nous aide vraiment, c’est de ne pas le lâcher tout de suite lorsque je l’emmène dans une nouvelle parcelle. Je vais plutôt aller explorer avec lui ce nouvel environnement.

Si je le laisse faire, il va retomber dans ses schémas habituels : prendre une odeur, puis une autre, monter en pression, il ne va plus savoir où donner de la tête, il va monter dans les allures (trotter d’une odeur à l’autre), les hormones vont prendre le dessus, il va rouer l’encolure, souffler, hennir, et finir par rediriger sur la pauvre Kosmo qui n’a rien demandé. Réflexe.

Je choisis donc plutôt de l’aider à créer de nouveaux schémas. Ce que je veux surtout, c’est garder Echo dans un état émotionnel où il soit capable de réfléchir, pour qu’il puisse analyser les informations, les traiter au fur et à mesure, et ainsi prendre les bonnes décisions.

Première chose, le garder au pas.

Pour ça, je fais le choix de le garder en longe et de l’accompagner dans ses déplacements. J’aurai donc un outil pour freiner le mouvement s’il commence à vouloir trotter, ce qui me permet d’aider Echo à se maintenir dans un arousal bas.

Un mot sur l’arousal.

Aussi appelé Activation Physiologique ou Cérébrale, l’arousal est un terme tiré de l’anglais parce qu’on ne trouvait pas de bon équivalent en français. C’est en quelque sorte une mesure du niveau d’éveil d’un individu, qui implique l’activation de la formation réticulée (structure nerveuse qui intervient dans la régulation de fonctions vitales, le contrôle d’activités motrices réflexes ou de fonctions cognitives telles que l’attention), le système nerveux autonome (dont on a pas encore eu l’occasion de parler mais dont on reparlera je n’en doute pas) et du système endocrinien (qui gère la libération d’hormones comme par exemple le cortisol).

Un niveau d’arousal élevé, donc une activation de ces différents systèmes, se manifeste par une grande sensibilité perceptive (l’animal est plus réactif au sons ou tiens tiens, aux odeurs par exemple), un état d’alerte et surtout une rapidité de traitement cognitif (les décisions sont prises vite) et des réponses motrices plus rapides (donc des allures hautes, des gestes brusques…)

L’arousal est l’un des deux critères utilisés pour décrire une émotion (ou un état émotionnel), avec la valence, positive ou négative. C’est-à-dire qu’un arousal haut associé à une valence positive correspond à un état de joie et d’excitation, là où un arousal bas associé à une valence positive va plutôt correspondre à un état de détente et de calme (Mendl et al., 2010). De la même façon, un arousal bas associé à une valence négative va correspondre à un état de dépression ou de tristesse là où un arousal haut associé à une valence négative va correspondre à un état de peur, d’anxiété ou de frustration.

Sur cette vidéo, prise à l’arrivée d’Echo dans le champ, on voit bien qu’il est plutôt haut : vigilance, pas rapide prêt à tomber dans le trot, arrêts francs, mouvements de tête saccadés.

Si je le laisse se gérer seul, il n’arrivera pas à contrôler ce qui est pour l’instant de l’excitation, et ça ne serait pas très grave si on ne savait pas, parce que les études le montrent et parce qu’Echo m’en a fait la démonstration maintes fois, que lorsque l’arousal est haut, le passage du positif au négatif est très rapide. Donc d’un peu d’excitation genre “super, un nouveau pré” on peut vite basculer sur du “poussez-vous de là il faut que je course Kosmo”.

Deuxième chose, accepter de le laisser gérer la trajectoire.

Là où mon envie première serait de lui faire faire le tour du champ, je préfère finalement le laisser décider d’où on va. Il ne va pas suivre une trajectoire précise mais plutôt les odeurs, et c’est important que je le laisse faire parce que sinon, ça risque d’amener de la frustration.

On descend donc à la rivière, on remonte le long du chemin, on s’arrête, on repart, tant qu’il marche, c’est lui qui décide. Ça me demande un peu d’équilibre, parce que le pré est en pente et qu’il y a des ronces, des arbres, des arbustes des roseaux des fourmilières, bref, je manque de tomber plusieurs fois mais j’arrive à le suivre.

Troisième chose, le rediriger sur de la nourriture.

Le parc n’a pas été mangé de l’année, il y a donc de l’herbe. Et ça, c’est un super atout, parce que l’exploration alimentaire va venir concurrencer la prise d’odeur. L’exploration alimentaire, c’est un état émotionnel que Jaak Panksepp décrit comme la recherche (SEEKING), et si on reprend les critères dont on parlait tout à l’heure, c’est un niveau d’arousal plutôt bas et une valence positive. La prise d’odeur, chez Echo, part d’un état de recherche mais parce qu’il est réactif, dévie bien vite sur un état de peur (FEAR) ou de colère (RAGE), donc un niveau d’arousal haut et à valence négative. En découlent des comportements d’agression, de mise à distance, ou une redirection sur Kosmo (pour la chasser, la mordre ou la monter).

L’exploration alimentaire va donc faire concurrence à la prise d’odeur, ça va lui permettre de redescendre en tension lorsqu’il commence à monter, ou bien à se maintenir à un niveau bas d’excitation. La mastication, elle, nécessite l’activation du système nerveux para-sympathique, qui est enclenche le processus de retour au calme. Donc plus il mâche, plus j’ai une chance de le garder avec moi.

On a marché une petite dizaine de minute. Les pauses se sont allongées, le pas a ralenti, Echo s’est montré de plus en plus intéressé par l’herbe, jusqu’à s’arrêter pour une touffe d’herbe entre deux foulées.

Cette vidéo là, c’est lui lorsque j’ai retiré la longe. J’ai serré un peu les fesses quand je l’ai vu partir au trot (trop tôt pour le lâcher ?) mais en fait il est allé manger un peu plus loin. Trois minutes après, les deux grignotaient tranquillement les petites pousses bien vertes qu’il restait de l’automne et la neige commençait à tomber.