Épisode 9 – Iota

Iota m’a été d’une grande aide dans certaines des décisions que j’ai du prendre cet hiver. Enfin, disons qu’il a simplifié quelques choix en m’enlevant certaines options.

Iota est le fils de Pepper, il est né à la maison en 2018, et il est merveilleux. Cette information n’est peut-être pas nécessaire à la suite de cette histoire mais il me semblait important de le préciser.

De 2018 à 2023, entier (il est le père de trois poulains), il avait un physique très particulier (très Skyros, entendre par là très primitif), et surtout il pouvait perdre du poids juste en voyant une jument. Jugez par vous-même.

Il n’y a qu’un mois d’écart entre les deux dernières photos…

Depuis sa castration en 2022, ce n’est plus la même histoire. S’ajoute à ça le fait que deux hivers de suite, vivant avec Pandora (qui peut perdre un peu d’état lorsqu’elle est au foin uniquement) et une camarguaise de 35 ans, il était au foin à volonté… disons qu’il a grossi. Sacrément grossi.

Il est hyper important pour les chevaux de perdre du poids l’hiver. En tout cas pour les chevaux qui, comme ceux dont je vous parle ici, n’ont pas un exercice régulier, simplement parce qu’ils passent à l’herbe au printemps, et l’herbe de printemps étant riche et abondante, ils vont prendre du poids. Donc, s’ils n’ont pas fait un peu de place avant, il va y avoir une accumulation d’une année sur l’autre, et c’est ce qui peut mener à des états d’obésité morbide, avec tous les problèmes que ça engendre (Angélique Descarpentry l’explique très bien ici). État qu’a atteint Iota, et j’avais hâte de cet hiver pour pouvoir remédier à ça.

Nos Chevaux de Skyros sont au foin environ cinq mois dans l’année, de novembre ou décembre, en fonction de la météo, à début avril. Lorsqu’ils sont au foin, il m’est beaucoup plus facile de réguler leur prise de poids. Mon atout phare : un filet à foin, qui réduit la quantité ingérée par jour par cheval et qui permet de recréer un comportement alimentaire sain (parce qu’ils ne peuvent pas se “gaver”, ils doivent trier à travers le filet). Les quatre qui en ont un perdent systématiquement le poids qu’il faut pendant l’hiver (bon OK, Kosmo a quelques réserves, je vous l’accorde). Je parle plus longuement de tout ça ici, si le sujet vous intéresse. En tout cas moi j’étais bien contente de me dire que dans mon malheur (cette réorganisation des prés qui m’aura valu quelques semaines de réflexions, et, je ne le savais pas encore, deux mois de stress et un dos bloqué) Iota allait trouver quelque bénéfice à la situation.

Étant en déplacement en novembre, je ne voulais pas mettre de voisins à Echo, faute de surveillance possible. J’ai donc profité du début d’hiver un peu doux qu’on a eu pour garder Eole et Pepper et Iota et Pandora à l’herbe le plus longtemps possible. Quelle grossière erreur.

Comme certaines personnes l’expliquent très bien, dont Morgane Berthelot dans un article que vous pouvez retrouver , l’herbe d’hiver peut s’avérer dangereuse. Un peu naïve, je me disais que oui, Iota est gros, oui, il a des risques de fourbure, mais n’en ayant jamais eu, ce n’est pas sur de l’herbe d’hiver qu’il va en déclarer une. Elle est forcément moins riche que celle du printemps, moins abondante aussi, et puis il fait plus froid, il brûle de la graisse en se tenant chaud la nuit… Bref, je me suis trompée.

À mon retour, Iota commençait une crise de fourbure, pas bien grave mais qui a nécessité de l’enlever de l’herbe rapidement et de le passer au foin. Moi, j’en étais à me demander tranquillement qui j’allais installer ensuite, maintenant qu’Echo et Kosmo étaient bien : plutôt Eole et Pepper, en face d’eux, comme ça ils ont le temps de faire connaissance sans distraction ? Ou plutôt Iota et Pandora, à l’autre bout, d’où ils se sentent et s’entendent mais ne se voient pas ? Et finalement, est-ce que je suis bien sûre de mettre Eole et Pepper au milieu ? Parce que l’idée c’est qu’Echo connaît Pepper, avec qui il a vécu un an, donc ça sera peut-être moins frustrant pour lui de l’avoir en face. Mais finalement peut-être qu’il vaut mieux lui mettre en face une jument qu’il ne connaît pas du tout ?

Bon, Iota a pris la décision. Mon seul parc sans herbe, c’est le Parc de la Mare donc lui et Pandora iront là-bas. Et pour ce qui est de l’ordre, il reste de l’herbe à Eole et Pepper, qui ne risquent pas de fourbure, et lui doit passer au foin rapidement, donc ça sera lui.

Fin novembre 2025, Iota et Pandora s’installent donc dans le Parc de la Mare. Iota est fourbu mais ça va, on le met sous anti-inflammatoire et ça passe assez rapidement. Le maréchal passe le voir, pas de séquelles au niveau du pied. Il est au foin sous filet (petite maille de 2.5 cm), il mange quelques feuilles de ronce, il explore son nouveau parc d’hiver.

Malheureusement ça ne se passera pas comme prévu. En janvier, Iota refait une crise, plus importante cette fois. Au point d’inquiéter le véto sur une cause plus profonde. Les résultats de la prise de sang le confirmeront, Iota est SME. Nous voilà lancés dans une nouvelle aventure : la maladie chronique.

La fourbure, pour les personnes qui ne seraient pas familières avec ce terme, est une maladie dont le symptôme principal est une dégradation de la structure permettant de tenir l’os du pied contre la paroi du sabot. Les causes de la fourbure sont multiples (inflammation, surpoids, conditions de vie, stress, problème hormonal etc…) ce qui fait d’elle une maladie systémique (et donc difficile à traiter).

Le SME, c’est un “dérèglement de la production en insuline et une distribution anormale des graisses” (IFCE), une maladie qui vient rendre difficile la perte de poids. Elle peut être génétique, ou déclenchée par une obésité installée. Ou un mélange des deux…

Alors est-ce que l’obésité de Iota a déclenché le SME, ou est-ce que c’est le SME qui l’a amené à accumuler des graisses au point de déclencher une fourbure ? Je ne sais pas. Le fait est qu’il souffre des deux et qu’il faut maintenant l’aider.

Iota est donc sous traitement depuis début 2026. Les buts sont multiples :

  1. l’aider à perdre du poids : le traitement médicamenteux permet une régulation de l’insuline, qui favorise (ou permet) la perte des masses de graisses (principalement sur ce qu’on appelle le chignon, dont le diamètre était de 85 cm début février)
  2. limiter l’inflammation généralisée due à l’obésité, et donc stopper la crise de fourbure (elle peut devenir chronique, on croise les doigts pour que ça ne soit pas le cas)
  3. l’aider à retrouver un fonctionnement général sain, et donc, potentiellement, pouvoir le remettre à l’herbe au printemps (ce qui serait vraiment, vraiment idéal, tant au niveau organisation pour moi que moral pour lui)

On verra ensuite s’il est nécessaire de continuer le traitement à vie, ou s’il est possible de l’adapter (réduire la dose ou le donner seulement pendant les périodes à risque).

Mon premier malade de l’hiver. Pour l’instant, parce qu’il a du mal à marcher et parce que le stress est un facteur aggravant de la fourbure, toute rencontre avec Eole est écartée (oui parce que vous vous souvenez ? c’était ça, mon objectif, à la base). Heureusement, Echo s’est chargé de m’occuper, de façon à ce que les rencontres ne soient même pas une option.